Mon positivisme imparfait

J’essaie de garder le morale et de profiter de la vie. Si vous me croisez quelque part, j’aurai fort probablement un gros sourire. La vie est tellement plus douce quand on arrive à rire des épreuves qu’elle glisse sur notre chemin. J’ai l’impression que pour certains, c’est impossible que je sois heureuse en ce moment. Parce que j’ai le cancer, je devrais être démolie, déprimée, découragée en permanence… On me répète « Pauvre toi, c’est tellement épouvantable. Tu es trop jeune. La vie est injuste. ». Pourtant, si je regarde dans mon entourage, les personnes incroyables que j’ai rencontré à travers la maladie et qui ont eux aussi un cancer sont probablement les gens les plus heureux que je connaisse.

Comment peut-on être malade et heureux?

C’est probablement grâce à la maladie. La maladie te fait prendre conscience de la fragilité de la vie et te donne envie de profiter de chaque instant, de prendre les choses moins au sérieux! Fini les petits drames avec un rien, les chicanes inutiles ou l’angoisse de performer. Fini les relations toxiques, la pression sociale et tout planifier en avance. La maladie, ça brise les chaînes et ça te permet de comprendre une chose bien importante: Tu vas mourir un jour, n’importe quand, alors aussi bien arrêter de perdre ton temps avec du négatif.

Mais malgré le fait que je parle régulièrement de positivisme et que j’essaie de l’appliquer le plus possible, je trouve ça important de vous dire que parfois, je craque. Par moment, je dois ouvrir la valve et laisser les émotions sortir. Après des mois de bonne humeur, avant-hier, j’ai éclaté en sanglots comme un bébé. Je n’ai pas eu de mauvaise nouvelle, la guérison de mes plaies se passe bien et la chirurgienne a fait un super travail!  J’avais juste un trop plein d’émotions qui devait sortir.

Ma petite déprime

Juste après la chirurgie, je me suis gâtée.   J’ai renouvelé ma garde-robe question d’avoir des morceaux plus flatteurs pour ma nouvelle poitrine plate. Une belle grosse commande en ligne. Jeudi, ça sonne à la porte et c’est ma commande qui arrive. J’ouvre le colis, excitée comme un enfant à Noël, puis tout est laid. Vraiment laid. Qu’est-ce que j’ai acheté là? Peut-être que j’aurais dû attendre de terminer la morphine avant de dépenser? Ça va retourner au magasin. Je soupire un bon coup. C’est juste des vêtements, rien de dramatique! Voyons Sarah, pourquoi ça te fâche autant?

Je descends au sous-sol pour imprimer l’étiquette de retour et mon imprimante ne veut rien savoir. Manque d’encre, message d’erreur, connexion impossible… Ça fait 20 minutes que j’essaie d’imprimer une étiquette. Finalement, elle avale la pile de papier au complet d’un coup. Je tire sur le papier, mais il est coincé « bin raide ».  Rien à faire, je tire plus fort et les feuilles déchirent. Je suis en pleine bataille contre l’imprimante! Je pogne les nerfs. Ce n’est vraiment pas mon genre de me fâcher après des objets, mais là, je lâche quelques sacres. Je donne un bon coup raide pour essayer de sortir le papier. Moi, tête de cochon qui n’est pas supposé forcer avec mes bras mais qui déteste demander de l’aide, je me fait mal. J’ai l’impression que le dessous de mon aiselle vient d’arracher. Je remonte à l’étage découragée, en colère après moi-même et en douleurs.

Je vais vider mes drains. Je les déteste mes drains. Ça me fait mal, c’est fatiguant, inconfortable, dans le chemin. Ils m’énervent plus que d’habitude aujourd’hui. Bon, le pansement qu’on m’a fait à l’hôpital la veille ne tient plus. Il décolle de partout, les drains ont coulés par les trous. Je vais devoir retourner au CLSC si ça continue. Je draine encore 30 ml. La chirurgienne a donné son mot d’ordre:  » on enlève les drains à moins de 10 ml par côté/24 heures pendant deux jours consécutifs. J’en ai encire pour un bout! Je suis vraiment écoeurée.

Je vais dans la cuisine pour prendre des tylenols, mais elles sont trop hautes. Interdiction de lever les bras plus haut que les épaules. Je n’ai pas le choix de demander de l’aide. Et ça commence…  Je sens la boule monter. Ma gorge se serre, mes yeux se remplissent d’eau. Je déteste ne pas être autonome! Une larme coule sur ma joue. Mon chum s’approche. Je sais que si il me touche, je vais éclater. Je lui dit « Ça va. Je suis juste un peu tannée. J’ai besoin de dormir. ». Il me prend dans ses bras et pow, j’eclate…

« J’ai mal partout, j’ai perdu mes seins, j’ai empoisonné mon corps.  Imagines si j’ai fais tout ça pour rien! Je vais peut-être juste mourir! Mes cheveux repoussent tout croche et j’ai l’air d’un petit monsieur semi-chauve. J’ai pris du poids, je n’ai plus de muscles. Je ne peux rien faire avec mes bras et je ne vais même pas pouvoir planter mon jardin. Je suis fatiguée, j’ai mal et je suis vraiment tannée de ne pas être bien! Le covid m’empêche de voir mon monde et je m’ennuie de mes amies. En plus, ma nouvelle garde-robe est laide et l’imprimante a bouffé tout le papier! 😭😭😭🤧🤧🤧

C’est comme ça les émotions. Des hauts et des bas, des montagnes russes de rires et de pleurs. Il faut parfois que ça sorte et quand ça arrive, dans mon cas, c’est soudain et drastique. Et c’est bien correct… C’est bon de pleurer un bon coup. C’est bien normal de ne pas toujours sourire. Ça m’arrive de trouver ça vraiment ruff et d’avoir envie de tout abandonner! Ça m’arrive de dire « Pourquoi moi! C’est injuste! ». Une fois de temps en temps, si tu sonnes chez moi, je vais être en pyjamas avec des gros cernes en dessous des yeux, la larme à l’oeil et 12 boîtes de mouchoirs vides à côté de ma table de chevet. Pas de sourire, pas de blague sur mon état, juste une fille déprimée qui n’a pas l’énergie de se battre. Je parle de positivisme et de profiter de la vie, mais ça m’arrive d’être démoralisée. C’est juste important de ne pas laisser cet état là durer et gâcher notre vie.

Ce soir-là, j’ai pris mes somnifères en espérant avoir une bonne nuit de sommeil réparatrice et me réveiller dans une journée plus douce. Je me suis endormie, paisiblement, entre deux mouchoirs. Puis, juste avant mon réveil, j’ai fais un cauchemar assez représentatif.

Mauvais rêve: Chute libre dans l’ascenseur

J’entre dans un gros immeuble luxueux en forme de cylindre.  Dans l’immeuble de 9 étages, il y a un ascenseur en verre tout au centre.  À chaque étage, l’ascenseur s’arrête et je sors faire le tour à la course, essoufflée comme si je venais de courir un marathon.  Il y a une foule de gens qui applaudissent et me crient « Vas-y, tu es capable! Tu es belle Sarah! Courage! »

Après 2 étages, je me dis que je vais enfin rejoindre ma famille au 3e étage. Je veux tellement être près d’eux. Je monte dans l’ascenseur vers le 3e étage, mais on passe tout droit. « 4,5,6… ». Je veux aller au troisième étage! L’ascenseur ne s’arrête pas. Il monte à toute vitesse, « 7,8 ». Je panique, quelque chose ne va pas. Je veux voir ma famille! Laissez-moi sortir!

L’ascenseur s’arrête brusquement au 9e étage. Le chiffre 9 clignote, comme si l’ascenseur était défectueux. À bord, il y a deux femmes dans la trentaine ou début quarantaine et un vieil homme obèse et chauve. On ne se connait pas, mais on se regarde dans les yeux. On se tient la main. On est tous dans la même situation, terrifiés et impuissants. J’ai peur pour moi, pour eux… Puis il y a un gros bruit et l’ascenseur chute à toute vitesse vers le bas. Il est brisé. On va tous mourir.

J’ai le coeur qui serre, je pleure, je crie « Non!!!!!! » en tenant de toutes mes forces les rampes sur le côté. Pendant ma chute libre, je vois le visage des gens à travers la vitre qui hurle « Sarah!!!! Non!!!! ». Je vois mon chum et mes enfants qui pleurent, les mains dans les vitres qui nous séparent. Je flotte tellement la chute est rapide, je n’ai aucun contrôle. Puis bang, l’ascenseur frappe le sol de plein fouet et tout devient noir. Je suis morte.

Je me réveille en sueurs avec les joues trempées de larmes. Difficile de ne pas faire allusion à ma vie actuelle. Les gens qui m’encourage, qui me disent que je suis belle sans cheveux. Moi qui monte, qui traverse chaque étape et qui veut tellement rester vivante auprès de sa famille. L’étage 3, celui où je vais régulièrement à l’hôpital pour mes traitements et pour rencontrer l’oncologue. Les inconnus avec qui je tisse des liens puissants parce qu’on traverse la même épreuve.  Le manque de contrôle sur ma vie, la peine de mes proches et finalement, ma peur de mourir.

J’ai fermé les yeux et j’ai pris le temps de respirer, de focusser sur le positif. Ce n’était qu’un rêve, mais il reflète bien mes angoisses. Je ne veux pas vivre dans la peur, dans la peine… Allez, on inspire du calme et on laisse sortir l’anxiété en expirant. Qu’est ce qui va bien? Ma chirurgie a bien été et ma chirurgienne a fait un très beau travail. J’ai bien répondu à la chimio et ma masse a considérablement diminuée. J’ai traversé deux étapes majeures avec le sourire. Dans quelques semaines, la chirurgie sera chose du passée et je vais retrouver tranquillement ma mobilité. L’été arrive et je vais pouvoir m’occuper de mon jardin. Les enfants vont bien s’amuser dehors cet été. On va passer l’été en famille et ça, c’est formidable. Allez, on se lève, on va savourer un bon café et on essaie de passer une belle journée! Aujourd’hui est un nouveau départ. On laisse hier de côté. C’est ça l’important, ne pas laisser les émotions négatives prendre de la place trop longtemps.

À tout ceux et celles qui ont le coeur gros, peu importe la raison, je vous envoie des gros câlins à distance. Demain sera une meilleure journée. Laissez les émotions sortir, essayez de vous concentrer sur les belles choses qui font partie de vos vies et dites vous que le rire est le meilleur des remèdes. Le cerveau est puissant. Si on ne cesse de se répéter que ça va mal, il fini par le croire. Si on essaie de sourire et de voir la beauté qui nous entoure, le soleil refait surface tranquillement. L’angoisse, l’anxiété, c’est tout à fait normal qu’elle se présente le bout du nez de temps en temps. Par contre, ça ne sert à rien de lui laisser prendre toute la place. Par exemple, on a beau avoir peur de mourir, on va quand même tous y passer un jour. Est-ce que le fait d’angoisser et d’y penser constamment va changer quelque chose? Non. Ça ne va que nous empêcher de profiter de la vie pendant qu’elle est là. Alors on laisse les émotions sortir et on continue à profiter de chaque belle chose que la vie a à nous offrir.

xxx à bientot

Un commentaire sur “Mon positivisme imparfait

  1. Il n’y a sans doute aucun mot, aucune parole qui peut adoucir ce quise passe pour toi, mais tes mots m’ont beaucoup touché. C’est sincère et rempli d’espoir honnête, si on peut dire ainsi! Je t’envois plein d’amour virtuel et je te souhaite de pouvoir enlever tes maudits drains bientôt! Je ne peux même pas imaginer ce que tu dois vivre, j’espère de tout coeur des journées un peu plus douce!

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