La reconstruction mammaire

À travers la chimiothérapie et les rencontres avec l’oncologue, les scans, la médication et tout le reste, on planifie tranquillement ma mastectomie. On m’a fait rencontrer la chirurgienne plastique la semaine dernière. 

Je met les pieds dans une superbe clinique de chirurgie plastique non loin de l’hôpital. Mon dieu que je n’étais pas dans mon élément! Un endroit luxueux, avec des dépliants de chirurgies esthétiques de toutes sortes.  Des photos d’injection de botox, de visages « parfaits », des slogans clichés, une machine à café, des fauteuils en cuirs, du personnel trop bien soigné… Ça sent le propre, on te fait même enfiler des petites pantoufles avant d’entrer.

Moi, je suis chauve, cernée, angoissée par ce cancer qui prend trop de place dans ma vie. J’attends dans mon fauteuil avec cette sensation d’être dans un autre monde. La semaine dernière, j’étais à l’hôpital entourée de patients cancéreux qui se battent pour leur vie et aujourd’hui, on m’envoie « choisir » le look de seins que je veux. Tout ça me semble tellement superficiel.

Une jeune femme arrive dans son ensemble blanc, les cheveux longs d’un beau blond, une peau impeccable et un grand sourire. On s’installe dans son bureau. Elle regarde mon dossier, me parle de ma situation et commence à discuter de mes options de reconstruction mammaire.

Elle me montre des prothèses en silicone, allant des anciennes qu’on ne posent plus puisqu’elles ont un rappel.  Elles peuvent donner le cancer, rien de moins… Elle me présente les nouvelles prothèses en silicone, plus lisses et sans rappels jusqu’à maintenant, puis me parle des différentes options de reconstruction avec mes propres tissus.

Pour l’instant, j’ignore si c’est un ou deux seins qui partent. Il me reste les tests génétiques à faire. Je pourrais même perdre mes ovaires et mes trompes si les tests sont positifs… Puis durant la mastectomie, on va m’enlever le mamelon. Donc si je choisie une reconstruction, c’est deux bosses que je peux ensuite faire tatouer si je veux répliquer le mamelon. Bref, voici mes options:

1. On peut me poser des expenseurs lors de la mastectomie.  Ils iront derrière mon ou mes pectoraux. Les expenseurs, c’est des ballons qui servent à étirer la peau et le muscle, dans le but éventuel de les retirer pour y mettre une prothèse.  On va les faire gonfler quelques fois à l’aide d’une petite tige dans le sein et d’une seringue de solution saline.

Ce n’est pas l’idéal dans mon cas par contre, car j’aurai de la radiothérapie et on ignore comment ma peau va réagir, mais c’est une option. Il y a le silicone qui ne m’intéresse pas trop. C’est un corps étranger, donc un risque de rejet ou de complication éventuelle, comme des implants qui coulent, se déplacent ou deviennent soudainement liés à des cas de cancers comme on voit présentement…

2. On peut me faire un diep plus d’un an après la radiothérapie.  Le diep, c’est prendre une partie de ma graisse et de ma peau abdominale pour me construire des seins avec mes propres tissus. Ça peut être très joli. C’est intéressant, je perdrais mon tablier de grossesse en même temps.

C’est son domaine d’expertise à ma chirurgienne. Elle y excelle et me montre des images de son travail. C’est effectivement très bien, si on souhaite passer 8 heures sur une table d’opération et avoir une cicatrice d’un côté à l’autre de l’abdomen. Il y a aussi un certain risque de nécrose à prendre en considération, environ 5%, si les vaisseaux sanguins ne reprennent pas bien.

3. On peut aussi y aller avec un muscle de mon dos qu’on « flip » en avant en passant sous l’aisselle. Une chirurgie un peu moins longue, environ 3-4 heures. Bien sûr, ça vient aussi avec des risques. On va enlever un muscle du dos parfaitement sain, donc il y a de la réadaptation de ce côté aussi. Mon dos va très bien… Est-ce que j’ai vraiment envie d’aller lui enlever un muscle simplement pour avoir une bosse dans mon chandail? Pour moi, je ne vois pas vraiment l’intérêt. Mais c’est une option qui est bien populaire aussi.

4. Finalement, le fini plat. Je peux rester plate, sans seins pour le reste de ma vie. Ça implique de perdre pour toujours une partie de mon corps, de ma féminité. Par contre, je n’ai que la réhabilitation suite à la massectomie à faire. Pas de chirurgie par la suite, pas de gonflements d’expenseurs, de silicone, d’abdomen ou de dos qu’on touche…

Je dois prendre une décision pour les expenseurs. Mon choix était déjà fait avant d’entrer. J’ai décidé de rester plate et de dire adieu à ce côté de ma féminité. Je peux toujours changer d’idée éventuellement et aller avec un diep, mais pour l’instant, mon choix est clair.

Je comprend totalement le choix des femmes d’opter pour la reconstruction. C’est énorme de perdre ses seins. Je pensais moi même opter pour une reconstruction au départ, mais aujourd’hui, je ne suis plus la même.  Puis il reste le risque de récidive, car avec un triple négatif, il est bien élevé dans les 5 premières années. Donc passer à travers une chirurgie de plus peut-être pour rien, ça ne m’intéresse pas vraiment…

Aujourd’hui, j’ai envie de porter une cicatrice qui va représenter le fait que je me suis battue pour ma vie.  Une cicatrice qui me montre chaque jour une grande épreuve surmontée et qui me rappelle la force que j’ai.  Je vais peut-être orner le tout d’un beau tatouage un jour, pourquoi pas.  Pour l’instant, c’est vivre l’important. Et on s’entend, une vie sans brassière, ça doit pas être trop mal. 😉 Il faut bien trouver des avantages!

Quand on a 32 ans et qu’on opte pour une non-reconstruction, on sent l’étonnement. Tu es jeune, tu vas le regretter, es-tu vraiment certaine que c’est ce que tu veux? On a presque l’impression d’avoir de la pression pour choisir une reconstruction, comme si c’est anormal de ne pas vouloir de seins « artificiels ». On ne sera plus femme sans deux bosses dans notre chandail…

Heureusement, de nos jours, il y a beaucoup de beaux témoignages de femmes qui n’ont pas choisies une reconstruction. Pinterest déborde de photos de mastectomie, ce qui nous permet de voir la beauté et la force qui en ressort. Il y a les groupes de soutiens aussi qui sont géniaux pour trouver des témoignages et discuter avec des gens qui sont déjà passés par là. On peut faire un choix éclairé selon nos besoins.

L’important, qu’on choisisse une poitrine en silicone, avec nos tissus ou rien dutout, c’est de prendre une décision réfléchie et d’être à l’aise dans nos choix. Il faut se souvenir qu’il y a de la beauté dans tous les corps et les cicatrices ne sont que des traces de notre force intérieure.

Aujourd’hui, je regarde mon corps avec les vergetures de mes grossesses, mon ventre étiré, mes petits seins moins fermes et ma cellulite, puis je le trouve bien parfait comme il est. J’aurais aimé avoir cette vision de moi avant. Il faut parfois sentir qu’on peut tout perdre pour voir que tout ce qu’on a est parfait…

Soyez fiers de votre corps peu importe ses marques. Elles ne sont que de l’art qui exprime l’histoire de votre vie!