Un poison pour me sauver la vie

Je suis assise dans mon fauteuil d’hôpital, les yeux rivés sur le sac rouge qu’on va bientôt m’envoyer directement dans les veines. Ce liquide toxique, c’est de l’adryamicine, un poison pour les cellules à croissance rapide. Il tue les bonnes cellules aussi, la raison pour laquelle je vais perdre mes cheveux. Il est toxique pour le coeur et la liste d’effets secondaires est terrifiante, mais c’est aussi ma meilleure chance de tuer la masse de 10 cm qui se trouve sous mon sein droit. C’est jour 1 de chimiothérapie aujourd’hui…

J’ai peur… Je ne prend même pas de Tylenol quand je suis malade. La fille grano, qui a peur de tout ce qui vient de l’industrie pharmaceutique, doit passer par dessus bien des préjugés pour laisser sa vie entre les mains de la médecine.

Est-ce que je vais réagir? J’ai entendu dire qu’on pouvait y être gravement allergique. Et si la chimiothérapie était plus dangereuse que mon cancer? Est-ce que c’est vraiment la meilleure option? Mon cerveau roule à 100 milles à l’heure.

À droite, il y a une femme magnifique avec un beau chandail rose. Elle me donne envie de perdre mes cheveux tellement elle est rayonnante avec son petit coco tout beau. Elle me regarde et m’envoie un sourire rempli de compréhension et de douceur.

Devant moi, un homme d’affaires tout bien habillé. Il me rassure, il a tellement l’air en contrôle. Il prend même des appels professionnels pendant son traitement!

Un couple de personnes âgées entre dans la salle et l’homme s’assoit dans le fauteuil près du mien. Il me fait un grand sourire. Sa femme s’installe sur une chaise à ses côtés et lui tiens la main. Elle me regarde et je peux lire dans ses yeux. Elle se dit que je suis trop jeune pour me battre contre un cancer. Je vois la peur dans leurs yeux. Elle est inquiète pour son mari, elle l’aime tellement et ne veux pas le perdre. Ça me fend le cœur de me dire qu’à son âge, il va devoir passer à travers des mois d’effets secondaires. C’est son jour 1 à lui aussi….

L’infirmière s’approche de moi et vérifie si mon cathéter est bien placé, car le produit ne doit pas sortir de ma veine. On me précise que je dois absolument les avertir si je ressens la moindre sensation de brûlure ou de picotement autour du site d’injection. Je sais pourquoi. J’ai vu des images du bras d’une fille gravement brûlée par la chimio et laissez-moi vous dire que ce n’était pas beau à voir. C’est étrange de se dire qu’un liquide dangereux au point de me brûler vive va se retrouver directement dans mon sang…

Ça y est, le liquide rouge écarlate sort du sac et je le vois descendre le long du tube se dirigeant vers mon bras. Il s’approche de plus en plus vite. Mon coeur s’emballe, je regarde mon conjoint, je ferme les yeux et prend une grande respiration. Le jus rouge pénètre ma veine. La bataille est commencée…

On ajoute au cocktail des médicaments contre la nausée, de la solution de réhydratation pour diluer le chimique et on me fait avaler un autre truc. Pour l’instant, tout se passe bien. La poche rouge se vide, on la change pour un deuxième traitement, du cyclophosphamide. Lui, il va parasiter mon ADN pour empêcher la reproduction des cellules cancéreuses.

Deux heures plus tard, le traitement est terminé. Je dois dire que ça c’est très bien passé. Finalement, c’est pas si pire la chimio! Il est midi, j’ai le ventre vide et on a une heure de route à faire pour retourner à la maison. Petit sandwich pour la route, c’est l’heure de rentrer!

Il est maintenant 22:00. Le party est fini, je suis malade comme un chien… La pire nausée de ma vie parce que je n’arrive pas à vomir. Les anti-nausées font leur travail, ils m’empêchent de laisser sortir le méchant. Je passe la nuit accroupie devant ma toilette avec des nausées épouvantables. Le médicament de secours, la petite pillule orange anti-nausées, ne fonctionne pas pentoute. Mon corps n’est pas content, il veut se débarasser des toxines. Je suis épuisée, étourdie et je commence tranquillement à comprendre pourquoi on me répète sans cesse qu’il faut être fort pour passer à travers la chimio.

Jour 2, 3 et 4, je grignote des biscuits sodas et je passe mes journées couchée. Un petit ensure comme collation, j’ai l’impression qu’on m’a roulé dessus avec un camion. Mon coeur bat vite et j’ai un peu peur qu’il lâche. Je réalisé que ça, c’est probablement la petite pillule blanche carrée, la dexaméthasone. C’est bon pour les nausées, mais c’est un corticostéroïde reconnu pour augmenter les battements cardiaques, causant de l’insomnie, de l’anxiété et l’envie de manger le pot de caramel au complet. Ça arrive souvent que les jeunes le tolère mal. C’est mon cas…

Mon infirmière pivot m’appelle, donc je lui en parle. C’est normal les battements cardiaques, mon sang est beaucoup moins riche en hémoglobine, donc mon coeur doit pomper d’avantage pour combler son besoin en oxygène. Avec la dexaméthasone en prime, c’est un beau cocktail pour nettoyer les plafonds à 3 heures du matin. Ils vont me donner d’autres médicaments pour aider la prochaine fois. Ils vont aussi me donner autre chose pour les nausées.

Jour 5, les nausées se calment et je réussi à être un peu plus active.

Jour 6, je me retrouve enfin! Je dors une belle nuit, je passe la balayeuse, je cuisine, je bouge toute la journée… Les nausées se contrôlent bien avec mes comprimés de secours et les pires effets sont derrière moi. Je suis soulagée. Je me dis que si je peux avoir une belle semaine avant le prochain traitement, tout ça sera un peu plus tolérable.

Ça l’air décourageant tout ça, mais j’ai un petit corps sensible moi. Je ne m’attendais à rien de moins qu’à toute la montagne d’effets secondaires. Et en bout de ligne, si ça peut tuer le monstre qui a envahi mon sein, alors qu’on m’injecte la prochaine dose. Pour une fois, je laisse ma vie entre les mains de la médecine traditionnelle…